L'art avant tout
Dans cette interview EXCLUSIVE, la Reine de la POP regarde toujours devant elle, sans perdre de vue ses débuts. L'exposition du Musée du Luxembourg à Paris, consacrée à Leonora Carrington jusqu'au 19 juillet, s'ouvre sur une citation qui résume l'audace de la peintre surréaliste : « Je n'avais pas le temps d'être la muse de qui que ce soit… j'étais trop occupée à apprendre à être une artiste. » La même phrase aurait pu sortir de la bouche d'une mégastar comme Madonna qui, non sans raison, a choisi un look Saint Laurent by Anthony Vaccarello spectaculaire pour le dernier Met Gala, inspiré du tableau de Carrington La Tentation de saint Antoine.
Depuis son émergence au début des années 1980, Madonna a traversé triomphes, transformations, révolutions, scandales, controverses… et plus d'une tentation.
Dès 1991, dans Vogue Italia, Giusi Ferré la décrivait « comme une salamandre passant sans dommage à travers le feu des croisades périodiquement lancées contre elle ». Pourtant, quoi que le monde extérieur ait voulu dire d'elle, elle s'est accrochée à un désir inébranlable : être une artiste.
C'est pourquoi, après des centaines de millions de disques vendus, des milliards générés par ses concerts, d'innombrables récompenses reçues et des records battus, la Reine de la Pop ne veut faire qu'une seule chose : parler de sa musique.
Depuis son émergence au début des années 1980, Madonna a traversé triomphes, transformations, révolutions, scandales, controverses… et plus d'une tentation.
Dès 1991, dans Vogue Italia, Giusi Ferré la décrivait « comme une salamandre passant sans dommage à travers le feu des croisades périodiquement lancées contre elle ». Pourtant, quoi que le monde extérieur ait voulu dire d'elle, elle s'est accrochée à un désir inébranlable : être une artiste.
C'est pourquoi, après des centaines de millions de disques vendus, des milliards générés par ses concerts, d'innombrables récompenses reçues et des records battus, la Reine de la Pop ne veut faire qu'une seule chose : parler de sa musique.
"J'espère que mon album est un antidote"
Ce qui signifie, en l'occurrence, parler de Confessions II, son très attendu 15e album, disponible le 3 juillet. Il s'agit bien sûr de la suite, vingt ans après, de Confessions on a Dance Floor, le magnum opus qui a marqué une nouvelle métamorphose dans sa carrière et lui a permis, une fois de plus, de redessiner le visage de la pop, remettant la dance et le disco au centre sans perdre de vue des sonorités et des messages plus spirituels.
Ce deuxième chapitre est lui aussi né de sa collaboration avec le producteur prodige Stuart Price, qui a façonné les deux albums comme des mixes cohérents et ininterrompus. « Pendant un certain temps, je voulais travailler avec d'autres personnes, vivre d'autres expériences » nous confie Madonna depuis son domicile londonien, un dimanche étouffant de mai, la maison pleine des amies de ses filles à la veille du week-end prolongé. « Mais quand on s'est retrouvés pour travailler sur le Celebration Tour — il était mon directeur musical —, on a renoué avec le plaisir immense que l'on avait à travailler ensemble, avec tout ce qui nous unit, pas seulement musicalement, mais aussi intellectuellement et émotionnellement. Au départ, on ne savait pas vraiment si on voulait faire un autre Confessions, mais en studio on s'est reconnectés presque télépathiquement et on a continué sur notre lancée. Quand j'ai décidé de m'installer à Londres, où il habite, c'était le signe que je voulais aller jusqu'au bout. »
Bien qu'il doive beaucoup à son prédécesseur, Confessions II est moins nostalgique qu'on pourrait s'y attendre. Lui aussi revient aux racines de la dance, en traversant notamment la house et la musique électronique, mais il est aussi fermement ancré dans le présent, prenant la forme d'une méditation urgente. « Dans cet album, je parle beaucoup de conscience, de liberté» dit-elle.
« Danser n'est pas une chose stupide et insensée — au contraire, cela permet aux gens de faire partie d'une communauté et de se connecter aux autres. Les pistes de danse sont un espace rituel où l'on est libre dans son corps et dans son esprit, où l'on lâche prise sur l'anxiété, et où l'on s'élève, je l'espère, vers un niveau de conscience supérieur. »
Mais Madonna danse-t-elle encore ? « Bien sûr. Je danse beaucoup, que ce soit pour mon travail, dans ma cuisine après le dîner ou avec mes enfants. » Pour elle, cela n'a d'ailleurs jamais été une simple activité, mais un choix de vie. « La danse m'a tracé une voie pour échapper à ce que je considérais comme une vie très prosaïque dans le Midwest, et m'a donné une raison de partir à New York pour poursuivre mes rêves. » Éternel Janus, Madonna regarde en arrière tout en gardant les yeux résolument tournés vers l'avenir. Sur le premier single, Bring Your Love, elle chante en duo avec Sabrina Carpenter, l'une des nouvelles étoiles du moment, et confie des remixes à des DJs très demandés comme Peggy Gou.
Pourtant, pour Madonna, les origines sont une source inépuisable de conscience et, encore aujourd'hui, d'inspiration. Ce n'est pas un hasard si l'un des titres les plus éblouissants du nouvel album s'appelle Danceteria, du nom du club new-yorkais où elle a lancé sa carrière. Comme le fabuleux name-dropping des paroles le rappelle, c'était un lieu où Keith Haring, Maripol et Basquiat se croisaient — des figures légendaires qui, pour Madonna, faisaient partie de son quotidien, ou plutôt de ses nuits.
« J'y ai rencontré Martin Burgoyne et Debi Mazar, ils sont devenus mes meilleurs amis. Et puis j'ai rencontré Mark Kamins, qui a fini par passer ma démo d'Everybody à qui il fallait. C'est comme ça que j'ai décroché mon contrat. C'était un endroit unique, et bien sûr ça ne pourrait jamais arriver aujourd'hui. Parce que c'était la seule façon de rencontrer des gens, mais il fallait faire un effort. »
Ce n'est pas seulement la vie sociale qui a changé, mais aussi la façon dont on conçoit la musique et l'industrie du disque.
« Avant, on côtoyait des peintres, des musiciens, des danseurs, des artistes, tous au même endroit, et on travaillait dans un espace très pur, les uns pour les autres. Je chéris beaucoup cette expérience. Aujourd'hui, on ne fait plus ça. Maintenant, pour avoir un contrat, on pense au nombre de followers. C'est pour ça que dans Bring Your Love je dis "Don't try to distract me with numbers". Pour moi, tout a commencé par le fait de ne plus penser aux classements, aux chiffres de streaming. Les algorithmes et l'intelligence artificielle, c'est l'opposé de la prise de risque, et pour moi c'est l'opposé de faire de l'art. » Les chiffres reviennent dans les paroles de I Feel So Free : "That's why I like to go dancing / Safety in numbers." « C'est exactement le contraire » dit-elle. « Dans ce cas, les chiffres vous donnent un sentiment de sécurité. Vous êtes entourés de beaucoup de gens, vous ne vous sentez pas jugés, vous pouvez vous fondre dans la masse. »
Et Madonna, aujourd'hui, ressent-elle parfois l'envie de se fondre dans la masse ?
« À cent pour cent. Ces derniers temps, c'est difficile à cause de mon album et de tout ce qui y est lié. Mais j'aime prendre des pauses… et disparaître. Parce que c'est comme ça qu'on nourrit son imagination. Il faut du calme, il faut des journées où l'on se reconnecte simplement à la nature, à ses enfants, à ses chevaux. »
Pour Madonna, être une artiste signifie donc vivre à travers l'inspiration, de nouveaux défis et des stimuli inédits. La preuve supplémentaire en est sa collaboration avec Rafael Pavarotti, le photographe qui, avec le stylisme envoûtant d'IB Kamara et la direction créative de Raw Materials, a façonné l'identité visuelle de Confessions II ainsi que cette couverture de Vogue Italia.
En comptant L'Uomo Vogue, Madonna est déjà apparue pas moins de 6 fois sur nos couvertures, photographiée par des artistes tels que Herb Ritts, Steven Meisel, Steven Klein, Mert & Marcus et Tom Munro.
« Je connaissais le style distinctif de Rafael, il saisit vraiment la personnalité des gens et sait la faire ressortir dans des couleurs franches » dit-elle de Pavarotti. « On s'est parlé au téléphone avant de travailler ensemble : c'est un amoureux de l'art, une personne très profonde, donc il semblait naturel de travailler avec lui. » Tout aussi naturel, et improvisé, fut le choix du voile violet qui la dissimule sur la pochette de l'album, créant une nouvelle image mode inoubliable dans sa carrière. « Ce n'était pas intentionnel, mais lors des essayages j'ai trouvé ce magnifique morceau de tissu et j'ai dit : "Oh, ce serait tellement bien d'avoir du mouvement." Ensuite, on a pris les photos où je suis assise sur le haut-parleur, qui ressemble à un autel d'église, je pose ce voile sur ma tête et je deviens comme une sainte, comme "la Madonna" » (avec une prononciation italienne parfaite, ndlr). « Ça s'est transformé en une sorte d'image religieuse, une révélation. C'est ce qui se passe quand on travaille avec les bonnes personnes. C'est comme ça qu'on fait de l'art. » Il n'y a pas d'art sans communauté, et c'est là le fil conducteur de Confessions II.
L'album démarre avec toute la puissance d'une piste de danse bondée — difficile de rester immobile sur des titres comme Good for the Soul ou Love Sensation — avant de s'ouvrir progressivement sur quelque chose de plus hypnotique et introspectif.
Parmi les derniers titres, Fragile, par exemple, est une lettre d'amour, empreinte de regret, à son frère Christopher, décédé en 2024. Confessions on a Dance Floor était déjà un voyage musical exaltant, mais aussi profondément réflexif et, au bout du compte, cathartique. Ce n'était pas seulement un succès à 10 millions d'exemplaires, mais aussi un vecteur par lequel toute une génération s'est approprié la dance, un genre souvent relégué au rang de superficiel, trouvant dans l'euphorie et le rassemblement une nouvelle dignité.
Sa suite cherche à recréer ce sortilège, au point que Madonna elle-même affirme que « raver est un art » — une formule qui, en ces temps troublés, résonne aussi comme un acte politique. « Nous avons toujours connu des périodes difficiles, » réfléchit la pop star.
« Ce qui rend vraiment les choses difficiles aujourd'hui, c'est que nous ne sommes plus là les uns pour les autres. Nous avons du mal à nous rassembler, à descendre dans la rue. Avant, on pouvait se regarder dans les yeux et se dire : "Nous avons les uns les autres, nos familles, nos amis." Aujourd'hui, nous sommes isolés. J'espère que mon album est un antidote. »
Parmi ceux qui ont toujours vu Madonna non seulement comme une icône, mais aussi comme une bouée de sauvetage, une source de soutien et d'inspiration, figure assurément la communauté LGBTQIA+. Le sentiment est, bien entendu, réciproque.
« Ils ont toujours été mes premiers alliés, depuis que mon professeur de danse au Michigan a cru en moi et m'a emmenée dans un club où j'ai découvert qu'on pouvait librement être soi-même sans être jugé» se souvient-elle. « Pour moi, les queers ont toujours été là, et quand la pandémie du sida a éclaté, j'ai senti que c'était à mon tour de les soutenir en retour — et je continue de le faire aujourd'hui, face à chaque obstacle que la société met sur leur chemin. Je veux les protéger, tout comme ils m'ont toujours protégée. »
Des mouvements du Vogue à l'hommage poignant aux nombreuses vies emportées par le sida dans les années 1980 lors de son récent Celebration Tour, la relation entre Madonna et la communauté queer a également été une osmose ininterrompue d'esthétiques, de messages, de combats sociaux et d'influences artistiques.
Parfois de manière inattendue et internationale, comme avec sa récente reprise de La Bambola de Patty Pravo, d'une icône gay à une autre.
« Je me souviens de l'avoir écoutée quand j'étais jeune, et j'y ai repensé quand Mert Alas m'a dit qu'il voulait une bande-son pour la campagne Dolce & Gabbana. En studio, Stuart Price et moi avons créé plusieurs versions, il y a même une version dance. J'ai aussi eu l'honneur de la chanter live à la Fashion Week de Milan. Patty et moi avons échangé quelques messages, et je lui ai demandé sa bénédiction. Elle était très contente. »
Contrairement à la distance révérencielle et à l'insaisissabilité qu'une figure comme la sienne pourrait laisser supposer, Madonna donne l'impression qu'elle pourrait parler pendant des heures.
Des inspirations qu'elle puise en Italie, par exemple : les réalisateurs qu'elle aime tant, Visconti, Pasolini, Antonioni, Rossellini et « oh mon Dieu, Fellini », mais aussi la disco italienne des années 1970, sans oublier une autre icône, Raffaella Carrà. « Sa façon de danser et de s'habiller, toujours en repoussant les limites — c'est ce que j'aime. » Ou encore du court-métrage réalisé avec le duo de réalisateurs Torso et présenté à Tribeca, un accompagnement visuel des six premiers titres de Confessions II, chacun avec sa propre âme précise et distincte. « C'est comme voyager à bord d'un train à grande vitesse en regardant le paysage changer constamment : d'abord la campagne, puis la forêt, il commence à pleuvoir, puis il neige. » Madonna a beaucoup à dire sur sa musique, ses projets, son art. Parce qu'elle est une artiste, après tout.
Mais dans les milliers d'interviews qu'elle a accordées, celle-ci comprise, y a-t-il autre chose dont elle aimerait parler et que personne ne lui demande jamais ?
« Je ne pense pas que beaucoup de gens s'intéressent vraiment à ma vie spirituelle. C'est quelque chose que je garde très privé parce que c'est précieux pour moi. Mais c'est ce qui m'aide à tout remettre en perspective, et sans cela, je ne sais pas comment j'aurais pu aller aussi loin. »
L'article dans son intégralité sur vogue.it







